Que l’on traite de littérature générale ou de littérature pour la jeunesse, il n’est pas toujours évident de dresser un bilan. Les publications ne sont pas nécessairement regroupées ou répertoriées dans un ouvrage et il n’est pas simple d’arriver à une vue d’ensemble. Dans le cas qui nous occupe, soit l’histoire du développement de la littérature pour la jeunesse, peut-on parler d’éclosion ou bien de recul ou de stagnation ?
Bien entendu, certaines constatations s’imposent avant de commencer ce type de bilan. La révision des écrits est nécessaire et nous pouvons compter sur deux études importantes de la regrettée Françoise Lepage, qui nous offrent une manne d’informations pertinentes. Il s’agit d’Histoire de la littérature pour la jeunesse. Québec et francophonie du Canada et de La littérature pour la jeunesse, 1970-2000. La première était publiée aux Éditions David en 2000, et la deuxième aux Éditions Fides, en 2003 ; le second bouquin était en fait sous la direction de Mme Lepage.
On situe en 1920 la naissance de la littérature pour la jeunesse. Les thèmes retrouvés dans les publications de l’époque sont similaires. On traite de la langue française, de l’importance de l’éducation et de la passion pour son pays ; de plus, la religion occupe une grande place. C’est pourquoi les oeuvres sont souvent moralisatrices. Il existe aussi, à cette époque, une concurrence provenant d’Europe.
Ce style plutôt conservateur se poursuit jusqu’aux années 1960-1970. Puis, avec l’apparition de plusieurs maisons d’édition et d’un peu plus de production de la part des auteurs, la notion de divertissement survient. Hors Québec, c’est à cette période qu’on situe le début réel de la littérature pour la jeunesse. Donc, première constatation : ce genre de littérature est plutôt récent au Canada français puisqu’il n’a pas encore un demi-siècle.
Examinons maintenant le bilan de ces premières années. En regardant par le menu les différentes analyses de la situation dans cette portion du Canada, on découvre, seconde constatation évidente, qu’il y a toujours eu une différence entre la production du Québec et celle des autres provinces. Les maisons d’édition, moins nombreuses dans les autres provinces, n’ont pas toutes prévu une catégorie ou collection jeunesse. La distribution est plus compliquée étant donné l’étendue du territoire, et la plus faible production provoque une critique plus intensive, ce qui peut s’avérer avantageux ou désavantageux, selon les cas. On nous parle aussi de la faiblesse des illustrations, associée en grande partie à la situation financière des maisons d’édition.
Françoise Lepage (dir.), La littérature pour la jeunesse, 1970-2000, essai, Montréal, Fides, 2003, 350 pages
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La troisième constatation a trait à une autre différence entre les provinces du Canada. En effet, on nous révèle que le discours et les sujets, en plus des collections, ne sont pas similaires d’une province à l’autre. On nous explique que la réalité des francophones hors Québec n’est pas uniforme d’un bout à l’autre du pays – et c’est ce que les livres démontrent.
Mais que remarque-t-on aujourd’hui, dans cette production littéraire ? Les 10 dernières années ont-elles été associées à des changements ? Peut-on parler d’éclosion véritable ?
Il faut l’admettre, la littérature pour jeunes est encore toute neuve au Canada français. Quelle importance ? Voyons cela comme une belle occasion de lancer sa plume sur une page blanche. Écrire en français dans un milieu minoritaire, oser faire valoir les beautés de la langue auprès des jeunes, n’est-ce pas une avenue prometteuse et valorisante, un beau défi à relever pour les auteurs?
Quant à l’écart entre le Québec et le reste du Canada, un état sans doute permanent en raison des distances et de l’éparpillement des francophones, a-t-il autant d’importance? Pas si l’on voit dans le Regroupement des éditeurs canadiens-français (RECF) une façon de contourner le problème. Le RECF rassemble de plus en plus d’éditeurs, la production totale augmente et, tout comme au Québec, se ramifie. Toutes proportions gardées, le développement poursuit donc son cours.
Les distances physiques et les écarts culturels entre provinces ne sont plus aussi grands. Ils s’amenuisent grâce aux nouveaux moyens de communication. Les francophones hors Québec ont quand même accès à plusieurs maisons d’édition, même si on n’en retrouve pas dans toutes les provinces. Certes, pour les auteurs offrant des manuscrits de qualité, les possibilités existent.
Il aurait été intéressant d’inclure dans ce bilan des statistiques permettant d’exprimer la situation actuelle par rapport aux années antérieures. Je crois tout de même, vu la multitude de livres pour les jeunes, que nous n’avons pas à douter de la santé de notre littérature jeunesse franco-canadienne. Et j’encourage les étudiants et étudiantes qui cherchent un thème de thèse de maîtrise ou de doctorat à embrasser le choix des écrits pour jeunes, afin de parfaire, par une fine analyse, nos connaissances dans ce domaine particulier. ||
Michèle LeBlanc demeure à Hearst et elle a participé, pendant plusieurs années, à la chronique littéraire de CINNFM, la radio communautaire locale. Elle se passionne pour la littérature jeunesse depuis son plus jeune âge. Elle est même l’auteure de Gontran de Vilamir et d’un recueil de nouvelles.