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Publié le mercredi 4 avril 2012 | Mis à jour le mercredi 4 avril 2012
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Patsy : Portrait émouvant d'une âme funambule, saisi par Izabel Barsive

Lana Morton dans le rôle de Patsy
photos : Izabel Barsive et Jan Zuchlinski
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Lana Morton dans le rôle de Patsy
photos : Izabel Barsive et Jan Zuchlinski

Danièle Vallée

Productrice, scénariste, réalisatrice et monteuse, Izabel Barsive a réalisé plusieurs vidéos de danse contemporaine dont Lustrale, magnifique chorégraphie d’Anik Bouvrette. Cette fois, c’est en étroite complicité avec la chorégraphe-interprète et comédienne Lana Morton que Barsive s’attelle à la tâche. Avec le court métrage Patsy, elle tend à s’éloigner de la simple captation pour s’investir corps et âme dans la représentation d’une femme à la dérive, entre deux eaux, entre deux vins, qui cherche à se sauver d’une noyade certaine sous les yeux perçants de la vidéaste. Aucune émotion, aucun mouvement, aucun bruit engendré par le conflit intérieur de Patsy n’échappe à Izabel Barsive.

Des notes crues résonnent d’abord d’un piano. Une femme court-vêtue, cheveux en broussaille et titubante, longe le mur d’un édifice urbain inhospitalier, taché de graffitis. Patsy erre; elle cherche et fuit, piétinant le dur béton autant que l’herbe douce. Elle passe aux aveux : « Je n’étais pas heureuse, mais je ne le savais pas. Je vivais dans l’illusion du bonheur et sans le savoir, je me dirigeais vers le fond, mettant mes propres valises dans des bouteilles. » (Texte de Louise Poirier)

 

 

On retrouve ensuite Patsy en plan rapproché dans le décor austère d’une grange obscure et désertée. Les cheveux nattés, vêtue jusqu’au cou cette fois, elle couche sa tête sur une table de bois entre deux chandelles allumées. On dirait qu’elle s’abandonne, espérant que tombe la guillotine sur son désarroi. Pourtant elle se relève et amorce son combat. Elle tangue, souffle, s’essouffle, tombe, se relève et tombe encore dans les accents d’un violon fou et percutant.

Patsy lutte contre ce démon qui la traque et pourtant la réjouit : le vin. Elle se bat contre lui et contre elle-même. On la dirait possédée. Les bruits ambiants sont omniprésents : le claquement de ses souliers sur le plancher, le frottement de ses pieds nus sur le sol, le bruissement de sa robe, son souffle court, sa respiration haletante. Barsive ne laisse rien au hasard tandis que Lana Morton est déchirante d’émotions. Il y a une magnifique scène où l’on se prend à croire qu’elle ne danse pas, mais qu’elle flotte littéralement sur des eaux troubles entre ivresse et sobriété.    

Momentanément libérée, Patsy réapparaît les cheveux dénoués, légère dans sa nuisette de satin, se lovant dans un décor champêtre, sa crinière blonde se confondant avec le soleil parmi les herbes folles et les fleurs. Ses mouvements aériens captés par Barsive témoignent de la lucidité éphémère de Patsy qui vite redeviendra l’autre, celle qui voudrait s’extirper de son corps saoulé. « Juste une minute ! » supplie-t-elle, son ombre à témoin sur le mur. Et le le spectateur devenu voyeur se sent intimement lié à elle.

D’une seconde à l’autre, la danseuse se métamorphose ; de toupie déréglée, elle devient nymphe aérienne. Finalement lasse, alanguie, elle abandonne la lutte, souffle les chandelles, sort de la grange, s’assoit sur une marche, s’allume une cigarette et quand la fumée ondulante monte vers le ciel noir, c’est déjà la fin de ce si poignant tableau qui ne dure que 13 minutes.

À l’évidence, chacun des plans du tableau a été grandement songé pour qu’il en ressorte la qualité esthétique et artistique recherchée ; et le recours au numérique haute définition de la caméra rouge y est pour beaucoup. On sent que la réalisatrice et la chorégraphe ont travaillé main dans la main et que les membres de l’équipe, dont le musicien Olivier Fairfield et l’éclairagiste Paul Auclair, ont suivi la cadence pour que l’harmonie son, lumière, image et mouvement perce l’écran. Et c’est réussi. Toutes les scènes sont d’une grande éloquence. Izabel Barsive nous montre un nouveau visage de la danse dans une perspective toute personnelle de la vidéo d’art. Son court métrage est voué à faire le tour des festivals et des galeries d’art à l’échelle internationale. En vérité, en vérité, je vous l’écris : Heureux ceux qui auront la chance de l’apprécier tout comme moi ! ||

Danièle Vallée, romancière et observatrice de la scène théâtrale, est membre du comité de rédaction de la revue Liaison.

Pages 54 à 55
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