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Publié le mercredi 4 avril 2012 | Mis à jour le mercredi 4 avril 2012
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Finutilité : Le parti pris de l'inutile

Laurent Poliquin

Daniel Lavoie, photo : Valérie Paquette

Daniel Lavoie, Finutilité. De l’infini au futile et à l’éphémère, poésie, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 2011, 88 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parler de la première publication de Daniel Lavoie, c’est d’abord parler de l’espace qu’occupe un artiste de talent et de renom dans nos espaces culturels. Pour certains, Daniel Lavoie est très connu. Pour d’autres, notamment dans ses plaines manitobaines, il est, comme dirait Patrice Desbiens, un homme invisible. Mais c’est aussi parler d’autres écrivains qui, malgré l’étendue de leur oeuvre, restent de grands inconnus. Je pense à l’écrivain breton Yvon Le Men, poète ayant à son actif une quarantaine de titres chez de petits et grands éditeurs (Gallimard, Seuil) et dont l’oeuvre reste profondément confidentielle. Je cite ce nom puisque plusieurs de ses ouvrages sont publiés chez un éditeur d’un autre temps dans la commune de Mortemart dans le Limousin : Les éditions Rougerie. Les livres y sont imprimés à l’ancienne, en utilisant la linotypie, avec les imperfections typographiques que cela implique.

Le livre rappelle ainsi au lecteur sa matière vivante, dans un corps de papier dont les pages doivent être massicotées au rythme de lecture. Lire Daniel Lavoie implique donc de considérer la matière symbolique du personnage et l’objet qui le soustend. Là-dessus, les Éditions des Plaines ont réussi. La couverture est texturée, le papier choisi avec soin et les ligatures typographiques soulignent discrètement le souci de l’éditeur de faire beau. Et c’est important. Plusieurs éditeurs ont joué le jeu ces dernières années du passage au vert, en préférant un papier recyclé, sans trop se questionner sur la pérennité de leur choix. D’aucuns me diront que la pérennité d’un livre est aujourd’hui numérique. Soit. Mais un livre comme celui de Daniel Lavoie impose son propre rythme de lecture, plus lent, et le plaisir sensuel d’une page qui se laisse caresser.

Une humilité vulnérable

Mais de quoi est-il au juste question dans ce livre qui allie futilité et inutilité ? La question du genre est importante, d’abord parce que l’auteur est connu pour la chanson, et ensuite parce que la chanson a des affinités avec la poésie. La disposition des strophes de chacun des textes peut incliner à croire en la présence de poèmes. Alors que l’éditeur nous assure à la page titre qu’il s’agit d’un essai, la lecture de Finutilité convoque autre chose d’assez vague : des pensées, des réflexions, des morceaux de chanson, des fables, et comme l’auteur le mentionne dans son avant-propos, des « amuse-gueules » (p. 7) servant à présenter ses « chansons lors de [s] a dernière série de concerts » (id.). Le résultat plaît, même s’il n’exaltera pas les tenants d’une littérature exigeante. Il plaît d’abord parce qu’on y retrouve la voix de l’auteur, comme s’il nous accompagnait le temps d’une lecture, avantage indéniable d’une personnalité publique dont le capital de sympathie est grand et la voix, connue. Mais surtout, l’auteur n’a pas refréné les ardeurs de son je pour le substituer à un exercice lyrique désincarné. On y retrouve des thèmes convenus : l’environnement, la pauvreté et les vicissitudes de l’existence. En somme, Daniel Lavoie renseigne le lecteur sur lui-même et tisse une connivence avec lui :

La futilité m’habite, la conscience de l’inutile, qu’utile est inutile. La finutilité m’habite car je sais maintenant que rien est tout, et que tout est presque rien. Un micropoint avant le big bang, quand l’univers était un minuscule peutêtre (p. 9).     

Avec des mots simples, l’auteur rend accessible au profane une parole soucieuse d’esthétisme. Le rythme, la légèreté et la métaphore accessible nourrissent ses textes pour qu’ils épousent une certaine dimension :

Le gros autobus gronde comme un dragon affamé, et file paquebot d’autoroute […] (p. 48)

Le résultat est convivial, avenant et d’une humilité vulnérable puisque même les grands textes littéraires ne peuvent pas toujours prétendre à la révolution textuelle. Mais quand leur charge émotive relève le pari de l’apaisement et de la catharsis, et qu’en plus, la voix connue de leur auteur fraye gentiment son chemin dans l’esprit du lecteur, comme un ami qui tient la main, on ne peut que souhaiter la poursuite de ce bref instant de bonheur. ||       

Laurent Poliquin termine un doctorat en études françaises à l’Université du Manitoba. Ses recherches explorent les relations interdiscursives entre la presse canadienne-française et la littérature pour la jeunesse au XXe siècle. En 2008, il signait aux éditions L’Harmattan à Paris son quatrième recueil de poésie, La Métisse filante, finaliste au Prix de poésie Lansdowne d’Aqua Books 2009. On lui doit aussi : Volute velours (2001), L’ondoiement du désir (2003), Le vertigo du tremble (2005) et Orpailleur de bisous (2010).

Pages 65 à 66
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