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Marc Prescott, photo : gracieuseté de l’auteur

Marc Prescott, Mes shorts, théâtre, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2011, 250 pages
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Figure de proue du théâtre francocanadien, Marc Prescott met l’accent, dans ses meilleurs textes rassemblés dans Mes shorts, sur des réalités touchant des communautés francophones du Canada et sur des aspects de la société canadienne et de l’existence humaine. Dans ses monologues, son vaudeville et ses pièces brèves, Prescott, connu dans le milieu théâtral canadien grâce à ses mises en scène, à ses interprétations et à ses oeuvres, se sert de l’humour, du drame et de l’absurdité afin de jeter un regard critique et original sur le monde qui l’entoure.
Une fois le livre ouvert, des éléments péritextuels aussi courts que la dédicace adressée à son fils (qui, écrit Prescott, « n’aura[i]t jamais pu compléter ce recueil avec1 » lui) ou certains titres des 13 textes (dont Poisson in a pickle2), donnent un avantgoût de l’humour plaisant et tranchant que pratique le Franco-Manitobain.
La maquette de couverture, réalisée par Éric Ouimet, montre une corde à linge avec des sous-vêtements ; vu le titre du recueil, cela donne l’impression de textes qui ne s’adressent qu’aux enfants et aux jeunes adolescents. Or, seule la pièce Les clous, dans laquelle un grand-père explique à ses petits-enfants l’existence de paroles plus blessantes que consolantes, colle vraiment à un jeune public. Ces mots, explique le vieil homme, sont indélébiles, comme les trous créés par des clous enfoncés dans une clôture de bois.
Les textes de Prescott, parsemés d’humour, de satire, de tristesse et de sarcasmes, regorgent de sujets tabous, de jurons et de vulgarité, ces deux derniers étant parfois inutiles puisqu’ils entravent la lecture. Certains textes (Surprise !, Monomots, Le baiser et Rencontres rapides) décrivent la recherche de l’amour et d’autres, l’identité double, quasi schizoprène, d’un Franco-Manitobain (Bob Burns/Robert Brûlé), l’infidélité (Un pas de géant pour l’humanité), ou l’obtention difficile d’une bourse liée aux arts et à la culture au Canada (La demande de subvention).
Certes, le titre du recueil n’est pas anodin. Outre la référence aux sousvêtements d’une seule personne (à l’auteur qui se « déculotte », en partie), il illustre surtout les côtés cachés de certains êtres humains, les « secrets » de la société, de même que les rouages du Canada. Prescott écrit souvent que son pays est atteint du « Syndrome Jean Crétin syndrome3 », premier ministre pour qui son pauvre gouvernement ne peut « financer [les] suicides artistiques4 ». L’ironie est omniprésente, de même que les situations aussi embarrassantes que particulières. Le lecteur est agréablement confronté à un « homme en bobettes5 » qui se fait prendre à commettre l’adultère et qui explique qu’il se promène en caleçon puisqu’il se sent « esclave de [ses] vêtements6 », ou à une femme annonçant à un homme qu’il trouvera un jour l’âme soeur puisque « [c]haque torchon trouve sa guenille7 ». Prescott réussit notamment à rendre des sujets tabous plus accessibles, voire moins coriaces.
Mais ce sont surtout les images comiques, subtiles et délicieuses, que l’auteur de L’année du Big-Mac8 réussit à peindre, qui constituent un bon contrepoids aux situations plus sérieuses, voire problématiques, de Mes shorts. Le lecteur restera accroché à une animatrice de cuisson plus que dynamique qui répond que faire la cuisine lui procure « un orgasme culinaire9 », ou bien à ces hommes à la recherche d’une femme qui « échanger[ait] ses carottes pour [leurs] Oreos10 », ou de qui ils pourraient obtenir « un baiser de poète. Passionné. Enivrant. Exaltant11 », avec de « l’eau salée de la Méditerranée », « [qui] réchauffe l’âme comme un chocolat chaud12 ».
Finalement, tout « est under control » dans Mes shorts, car le talent de Marc Prescott est tout, sauf caché... ||
Véronique Sylvain est étudiante à la maîtrise en lettres françaises à l’Université d’Ottawa, où elle analyse la représentation du Nord dans des oeuvres poétiques de Patrice Desbiens et de Pierre Albert. Passionnée des littératures francophones du Canada, elle éprouve un vif intérêt pour la création littéraire, la chanson et la musique, la poésie et, bien sûr, le théâtre.
1 - Marc Prescott, Mes shorts, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2011, 250 pages.
2 - « Poisson in a pickle. Extraits », p. 148-155.
3 - Bob Burns/Robert Brûlé, p. 97.
4 - La demande de subvention, p. 113.
5 - Un pas de géant pour l’humanité, p. 18.
6 - Ibid., p. 32.
7 - Rencontres rapides, p. 205.
8 - L’année du Big-Mac : une pièce américaine, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2004, 115 pages.
9 - Bonne fête Nathalie, dans Mes shorts, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2011, p. 132.
10 - Rencontres rapides, p. 152.
11 - « Le baiser. Extrait », p. 159.
12 - Ibid., p. 160.