<< Retour | Archives | La une | Littérature jeunesse
Publié le mercredi 4 avril 2012 | Mis à jour le mercredi 4 avril 2012
Recherche

Un moine trop bavard

Jean Fahmy

Claude Forand, photo : Horvath Photography

Claude Forand, Un moine trop bavard, roman, Ottawa, Les Éditions David, 2011, 308 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un monastère un peu trop démoniaque !

Un moine trop bavard est le troisième roman de Claude Forand. Comme dans les deux premiers, l’intrigue se déroule dans un univers religieux. Dans ce cas-ci, c’est tout un monastère que l’auteur campe sous nos yeux : le monastère du Précieux- Sang, à Chesterville.

Précisons tout d’abord que Chesterville existe bel et bien : c’est une communauté vivante d’un millier de personnes, au coeur de l’Estrie. Cette région du Québec comprend effectivement une abbaye célèbre de moines bénédictins, celle de Saint- Benoît-du-Lac. Mais là s’arrêtent les ressemblances, et le roman de Claude Forand est loin d’être un traité de spiritualité, ou une ode à la vie monastique !

Le monastère du Précieux-Sang abrite une quinzaine de moines environ, dont on ne sait lequel est le plus détestable, le plus criminel ou le plus dévoyé. Voyons donc : il y a tout d’abord frère Adrien, un glouton invétéré, dont la collation de minuit se compose d’un « aromatique gigot d’agneau à l’estragon ainsi que d’une gigantesque portion de tarte aux pommes », et, pour arroser le tout, d’un grand cru italien. Et comme les gigots d’agneau, les tartes aux pommes et le vin italien ne sont pas monnaie courante dans les cellules monastiques, le frère Adrien les vole tout bonnement dans la cuisine du monastère – singulièrement bien pourvue pour nourrir des hommes qui ont fait voeu de pauvreté !

Et puis, il y a le frère Hubert, ancien conseiller en placements, « qui a fait deux ans de prison pour avoir détourné 300 000 $ des investisseurs », avant d’entrer au couvent ; et le frère Dominique, agent d’assurances avant d’être foudroyé par la vocation, qui a monté une escroquerie d’un demi-million de dollars « et fait quinze mois de prison » ; et le frère Damien, le sémillant jeune moine qui, avant de se convertir à l’ascèse et à la prière, était avocat et, « pendant qu’il défendait un groupe de motards criminalisés, une somme de 250 000 $ [avait] mystérieusement disparu des coffres et […] il était l’un des principaux suspects ». Il y a aussi le moine avorteur, le moine libidineux, le moine dictateur… La mesure est pleine, n’en rajoutez plus ! La caricature est tellement outrée qu’elle en devient… caricaturale !

Heureusement qu’il y a Roméo Dubuc, inspecteur de la Sûreté du Québec, et son collègue et ami Lucien Langlois. Les deux mènent l’enquête, car un meurtre a été commis au monastère. Roméo Dubuc est une vieille connaissance des lecteurs de Claude Forand, puisque nous l’avons déjà rencontré dans ses deux premiers romans.

Dubuc est un citoyen bien ordinaire. Il est gourmand, mais sans avoir la gloutonnerie gargantuesque du frère Adrien. Il nous promène cependant dans les nombreux restaurants de Chesterville, et ses repas à La Belle Bedaine, Chez Alfredo, Chez Ludger, au Palais Impérial et au Grignoteux sont autant de haltes qui lui permettent de cogiter, devant un pâté chinois, une poutine italienne double fromage ou un poulet barbecue, sur les mystères du monastère du Précieux-Sang. Et quand une question le laisse perplexe ou le déroute, il peut alors s’exclamer, en ces lieux familiers, devant son complice Lucien : « Shit de shit ! »

Mais cette façade un peu trop bonhomme cache un esprit éveillé et observateur. L’inspecteur Dubuc va démêler peu à peu l’écheveau complexe des intrigues du monastère, entre moines flagorneurs et trop bavards et le petit monde de laïcs – buandière, cuisinier, ouvriers – qui gravite autour d’eux.

L’inspecteur Roméo Dubuc est bien campé et appartient à une longue et honorable tradition de policiers qui semblent inoffensifs, sinon un peu vieillots, mais qui finissent toujours par débusquer les criminels qu’endorment et déroutent ces personnages en apparence falots. Il suffit de penser à l’inspecteur Maigret, le prototype et l’auguste aïeul d’une longue lignée de policiers bon enfant.

On est cependant distrait des détails de l’enquête par certaines incorrections de style. Une révision plus rigoureuse aurait permis, par exemple, d’éviter des tournures comme celle-ci : « Quand [il] voulait quelque chose, il travaillait par en arrière pour l’obtenir. » ||

Jean Fahmy est l’auteur de plusieurs romans et essais. Il a été président de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF).

Pages 69 à 70
Télécharger Pages 69 à 70(872 Ko)


Mot de la direction
360°
Halogène
Convergence
Visages
Dialogue
Arts visuels
Danse
Théâtre
Musique
À l'écran
Littérature
Littérature jeunesse
Perspectives