La situation de l’artiste est humble. Il est essentiellement un canal.
Piet Mondrian
Quoi qu’on fasse, c’est toujours le portrait de l’artiste
par lui-même qu’on fait.
Jean Giono
C’est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l’ombre.
Edgar Morin
Suffit-il de se qualifier d’« artiste » pour obtenir, de facto, une certaine notoriété auprès d’un public plus ou moins averti ?
Par sa perception personnelle, projetée comme une onde de vérité immuable et absolue planant au-dessus de nos têtes, l’« artiste » peut-il aussi aisément en venir à occuper une position hiérarchique enviable, qui lui confère un statut prestigieux au sein même de sa société, tel un élu ?
Se questionne-t-on sur les motifs véritables qui poussent un « artiste » à se déclarer haut et fort comme tel ? Plus encore, pourrait-on s’interroger, de façon tout à fait légitime : l’« artiste » n’est-il pas en compétition avec son oeuvre, comme si elle avait un rôle de second plan, et comme si elle l’enrobait d’un halo de lumière qui aveugle parfois ses destinataires, à l’image des stars qui se dressent fièrement sur les scènes ?
Dans un tel contexte, une oeuvre d’art serait-elle une simple matérialisation qui se contenterait de souligner le prétendu génie de l’« artiste » ? Accorde-t-on trop d’importance au créateur, faisant fi des idées véhiculées dans sa pratique, qui peuvent parfois être creuses, profanes, nébuleuses, voire obsolètes ? Ou, au contraire, l’« artiste » pourrait-il être soumis à la volonté de l’oeuvre qu’il met au monde, agissant alors comme le simple transmetteur d’une force qui jaillirait hors de lui pour le transcender?
Que pourrait-on attendre, en somme, d’un artiste ? Quelle est la finalité d’une oeuvre d’art, d’une production artistique de toute forme ?
L’« artiste » aurait-il la responsabilité de pénétrer l’essence de la vie pour la concrétiser dans la matière, de lui rendre ainsi hommage, de contribuer à l’édification des aspects sacrés puisés dans la réalité, ou au développement de l’homme ou de l’art luimême ?
La « mission » de l’« artiste » est-elle de suggérer, grâce à son oeuvre, une prise de conscience de quelque chose qui est nouveau, ayant la possibilité d’élargir notre intelligence et notre sensibilité, en vue d’améliorer notre existence ? Ou, à l’opposé, doit-il creuser dans les bas-fonds humains, pour y déterrer la mort et l’exhiber comme le drapeau du vainqueur suffisant, laissant ainsi planer une odeur pestilentielle masquée par un parfum ostentatoire ? ||