Cela fera bientôt 12 ans que j’ai une pratique d’écriture et 9 ans que j’arrive à en vivre. Très tôt dans mon parcours, mes pièces de théâtre ont reçu de nombreuses reconnaissances. Comment cela a-t-il influencé le parcours ? D’une certaine façon, très peu. Le chemin que j’emprunte dans la création n’est pas conditionnel à la réception d’une reconnaissance ; si cela arrive, tant mieux ; sinon, il faut simplement continuer. Il ne faut pas se méprendre, les prix et reconnaissances ont un rayonnement important et réel dans ma vie, mais dans l’intimité de la création, tout cela doit disparaître. Je n’écris pas pour en obtenir gratification et récompense, j’écris pour mieux comprendre l’univers et la place que j’occupe dans celui-ci. C’est l’une de mes façons de participer à la vie, et ce n’est pas la seule. L’écriture n’est pas une façon banale d’y participer, car pour exister elle doit aller cogner à la poitrine des autres, il y a une responsabilité qui y est rattachée et j’en suis bien consciente. Mais cette relation que le public ou l’individu établit avec l’oeuvre ne m’appartient pas. Même si je l’ai écrite, que j’assume entièrement ce que je vais mettre dedans, que j’en suis responsable, fondamentalement, une fois que l’oeuvre a atteint le public de la manière la plus libre qui soit, le mieux que je puisse faire est de continuer à écrire sans trop m’y attarder. C’est la seule façon de rester dans le vivant. Recevoir un prix aide à ouvrir le chemin de l’oeuvre vers la personne qui en sera touchée. Cela m’a permis, entre autres, de vivre et d’écrire avec plus d’aisance financière, de recevoir des bourses à la création, d’être invitée à des salons, à des conférences, de participer à des résidences d’écriture et d’être connue par les directions artistiques avant même que j’aille me présenter physiquement à elles. C’est énorme. Avec le temps et l’expérience, j’ai appris à mieux me connaître dans ma pratique artistique au lieu d’être torturée par les cycles qui la composent. Cela me donne l’assurance nécessaire pour continuer et pour créer sans me soucier du temps ; les prix y contribuent, mais l’engagement que j’ai envers mes projets n’en est pas tributaire. J’ai bon espoir que les choses arriveront à maturité et trouveront preneur en temps et lieu. Je suis extrêmement reconnaissante que des groupes de personnes, dans les organisations ou les institutions, engagent temps et énergie pour mettre en place des prix. Ces prix stimulent l’engouement autour des oeuvres de notre patrimoine humain et il est important de les faire connaître. Pour en avoir profité à maintes occasions, j’espère sincèrement participer à mon tour au développement des artistes et au rayonnement de leurs oeuvres. J’essaie d’y contribuer chaque fois que l’occasion se présente. La pratique créative n’a rien de superflu, elle répond à la vie et en est une expression privilégiée. La création prend diverses formes dans nos vies et c’est à nous de la reconnaître et de nous assouplir pour lui faire place. ||
Originaire de Lamèque, en Acadie, Emma Haché possède une écriture dramatique qui puise ses influences interdisciplinaires dans l’art du mime, le théâtre de marionnettes et la danse. La jeune dramaturge, maintenant établie à Montréal, travaille actuellement à des projets d’écriture pour le Théâtre Populaire d’Acadie, le Théâtre de la Dame de Coeur et le théâtre l’Escaouette.