Du 26 mars au 25 mai, le Théâtre la Seizième s’est déplacé dans plus d’une cinquantaine d’écoles élémentaires de la Colombie-Britannique et de l’Alberta pour présenter Le portrait Gooble, une pièce de théâtre de Jon Lachlan Stewart, traduite par Lyne Barnabé et mise en scène par Rachel Peake. Une preuve éloquente que, dans l’Ouest canadien, le français est bien vivant. Rencontre avec Craig Holzschuh, directeur général et artistique de la compagnie.
Craig, pouvez-vous résumer la pièce en quelques phrases ?
Le portrait Gooble traite de la famille Gooble, une famille d’artistes visuels dont le père est décédé. La Ville décide d’offrir une grande exposition à celui des deux enfants qui sera désigné comme le maître. S’ensuit une compétition entre le frère et la soeur qui ne tardera pas à défaire les liens familiaux. À la fin, on comprend qu’au fond la meilleure oeuvre d’art, c’est eux, la famille.
En quoi le spectacle s’adresse-t-il tout particulièrement aux enfants ?
Au début de la pièce, on trouve la didascalie suivante : Sur scène, la couleur explose comme dans le cerveau d’un jeune. Il y a donc cette idée d’une explosion de couleurs avec des accessoires très colorés qui évoquent la peinture. Il y a beaucoup de visuel et d’effets sonores. On est dans un univers très ludique, avec un côté clownesque. C’est un spectacle où l’on rit beaucoup. Le public, dont le français est souvent la langue seconde, peut facilement comprendre l’histoire grâce au côté physique du jeu.
Quels sont les thèmes abordés dans le spectacle ?
La pièce aborde l’idée de compétition qui est très présente dans la vie des jeunes d’aujourd’hui, que ce soit dans les sports, à l’école ou ailleurs. Le message, c’est de montrer aux jeunes comment cette dynamique peut affecter les relations et les inviter à donner le meilleur d’eux-mêmes sans entrer dans le cercle vicieux de la compétition. On retrouve également les thèmes de la fraternité, du respect des différences et de l’accomplissement de soi. On peut les développer en salle de classe grâce aux guides pédagogiques qui accompagnent chacun de nos spectacles en offrant des activités, des pistes de réflexion. Les spectacles font donc partie intégrante du curriculum.
Quelle est la particularité du jeune public par rapport à un public adulte ?
C’est un public très honnête. Les adultes viennent avec beaucoup d’attentes, alors que les enfants sont là sans le moindre préjugé. Ils sont prêts à adorer comme à détester et ils seront toujours très francs dans leurs commentaires, notamment quand ils interagissent avec les comédiens à la fin de la représentation. C’est très rafraîchissant. Dans le cas du Portrait Gooble, la réception a été formidable, aussi bien en Alberta qu’en Colombie- Britannique.
Y a-t-il un réel intérêt pour le théâtre jeune public en français ?
La demande est très forte. On propose chaque année deux spectacles : un pour les enfants, un pour les adolescents. On se produit dans les écoles du réseau francophone et du réseau d’immersion. On se déplace partout dans la province, y compris dans le Grand Nord, à Terrace et à Kitimat de même qu’à Vanderhoof… Pour ces écoles, c’est souvent le seul moment de culture francophone de l’année. Cela permet aux jeunes de s’ouvrir au théâtre et d’aborder la langue française dans un contexte moins scolaire. C’est important que le français soit rattaché à une culture vivante, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école, pour donner le goût de continuer à vivre en français dans un milieu minoritaire.
Comment voyez-vous l’avenir du théâtre jeune public dans une société dominée par les nouveaux médias ?
Le théâtre offre l’occasion d’assister en personne à un événement en direct. C’est un outil de réflexion critique et un regard artistique, une interaction humaine différente de celle qu’on peut avoir par le biais d’un ordinateur. Nous ne sommes pas en compétition avec les médias sociaux. Le théâtre et les arts de la scène ont une place unique. Ils offrent une expérience sur le vif, un moment qui ne peut être répété et que rien ne pourra jamais remplacer. ||
Poète belge, né en 1976, féru d’arts premiers, de littératures anciennes et de théâtre physique, Laurent Fadanni réside depuis 2004 au Canada, où il travaille comme professeur de français.