Moi, Lisa LeBlanc, je joue du folk-trash. Je suis une Acadienne qui roule ses r, qui aime se moquer d’elle-même, qui écrit des textes sans trop de froufrous et qui est tannée de chanter des chansons de fifilles !
Voilà comment Lisa (prononcez Lissa) LeBlanc se définit en une phrase. À 21 ans, cette jeune femme de Rosaireville au Nouveau-Brunswick a déjà très bien apprivoisé l’idée de s’assumer complètement. Bonne chose de faite !
Le murmure se faisait entendre au sujet de Lisa LeBlanc depuis au moins deux ans, alors qu’elle commençait à faire des spectacles. Je me souviens m’être demandé de quelle sorte de « bibitte épeurante » il s’agissait, quand j’ai entendu un extrait de démo à la radio. Il s’agissait de la chanson crèvecoeur Câlisse-moi là, une de celles qui vous décapent l’âme au jet de sable :
Pis câlisse-moi là
Vas-y jusqu’au boutte, finis-moi ça
Pis câlisse-moi là
J’te bet t’es pas game
Trop peureux de voir que j’aimerais p’t’être ça
Déchirer les images de tes trahisons
Déchirer les poêmes de tes mensonges
J’t’effacerai comme les brouillons de chansons poches que j’t’ai écrites
J’les jetterai au feu et ils brûleront Oh, ils brûleront
Lisa LeBlanc a fait l’École nationale de la chanson de Granby. Elle raconte qu’elle y est entrée fille et qu’elle en est ressortie femme. Elle a appris à dompter ses démons intérieurs, sa peur bleue de faire des chansons « quétaines », et qu'on l’a aidée à trouver le bon dosage de ses chansons pour faire sortir ce qui l’habite. Elle s’est par la suite retrouvée lauréate du Festival international de la chanson de Granby en septembre 2010.
Puis enfin, son disque éponyme est sorti ce printemps chez Bonsound Records, car il était plus que temps, tant pour elle que pour nous. Elle avait déjà accumulé plus de 200 spectacles, autant ici qu’en France et en Suisse. C’est d’ailleurs ce qu’elle dit, qu’elle est d’abord contente d’avoir « enfin un disque à donner » à ses admirateurs déjà bien nombreux, puisque la plupart des chansons qu’on y trouve avaient déjà vécu amplement sur les planches. Et, à mon plus grand bonheur, j’ai constaté que plutôt qu’épeurante, elle est sympathique à faire peur ! Une seule écoute de son (déjà) tube Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde vous convaincra !
On passe aisément du (presque) drame aux portraits auto-dérisoires en passant par des observations rigolotes du monde qui l’entoure, des choses qui l’énervent, de la beauté kitsch de la vie, de ce qu’elle considère comme « quétaine » mais qu’elle réussit quand même à canaliser dans son écriture toute singulière.
Il me semble que beaucoup attendaient sa venue de pied ferme. C’est curieux comme on s’est approprié très rapidement ses mots crus, son swing de chanteuse brute et son intégrité qui transpire bien au-delà d’une simple écoute de disque. On puise une grande satisfaction à entendre la vérité de cette jeune femme si étonnamment mature, qui vient nous brasser la cage des trop souvent non-dits d’émotions.
Réalisé par Louis-Jean Cormier de Karkwa, le disque ne présente aucun fla-fla ni ne comporte de grandes surprises, sinon la justesse du jeu et la maturité étonnante de l’écriture. La pureté des arrangements et la mise en valeur totale de sa voix juste, parfois douce, souvent sablonneuse, du folktrash et du country si chers à notre Lisa sont mis sous une lumière vive, tels quels.
Voyez, je dis déjà « notre » Lisa, comme si elle faisait partie de la famille. Certainement le mouton noir de la famille, mais un mouton, ce n’est pas bien méchant, au fond !
Lisa LeBlanc assouvit non seulement une faim, mais aussi une soif de se rafraîchir à l’eau de ses mots bien buvables, même sous des allures par moments caustiques. Une joie musicale qui, j’espère, continuera à se propager longtemps.
Sorti en début d’année, l’album dépasse aujourd’hui ceux de Francis Cabrel, de Star Académie, des Cowboys fringants et de Mes Aïeux dans le classement des albums les plus vendus sur iTunes. Elle a même devancé les ventes du dernier disque de Madonna pendant quelques jours. ||
Virgini Bédard vit et travaille à Québec, entre la peinture, l’écriture et le graphisme. Elle se passionne pour ses créations et celles des autres.